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L’IA pousse les géants de la tech à construire leurs propres centrales électriques

L’IA réclame désormais tellement d’électricité qu’Amazon, Google, Meta et Microsoft cherchent à sécuriser directement leur propre production d’énergie. Au Texas, un gigantesque projet lié à Amazon pourrait s’appuyer sur 35 turbines à gaz capables de fournir jusqu’à 7,65 GW. Une nouvelle réalité se dessine : pour faire tourner leurs futurs data centers, les géants de la tech ne veulent plus dépendre uniquement du réseau électrique.

Amazon prépare un projet énergétique géant au Texas

Les data centers ne sont plus de simples bâtiments remplis de serveurs. Avec la croissance rapide de l’intelligence artificielle, certains deviennent de véritables infrastructures industrielles dont les besoins électriques peuvent rivaliser avec ceux d’une grande ville.

Le cas du Texas donne une idée de l’échelle atteinte.

Amazon a confirmé son implication dans un immense projet de data center situé dans le comté de Pecos. Baptisé GW Ranch, le site serait associé à une centrale fonctionnant au gaz naturel.

Le projet pourrait réunir 35 turbines à gaz pour atteindre une puissance maximale de 7,65 gigawatts, destinée principalement au futur campus de data centers.

Son permis autoriserait également jusqu’à 33 millions de tonnes de CO₂ par an. Ce chiffre représente toutefois un plafond réglementaire et non nécessairement les émissions réelles de la centrale.

L’IA fait exploser les besoins électriques des data centers

Pendant des années, les géants du cloud ont principalement cherché à améliorer l’efficacité de leurs infrastructures.

Systèmes de refroidissement plus efficaces, serveurs mieux optimisés ou contrats d’approvisionnement en énergie renouvelable permettaient de réduire la quantité d’électricité nécessaire pour chaque calcul.

L’IA générative a changé l’échelle du problème.

Entraîner de grands modèles puis les faire fonctionner pour des millions d’utilisateurs nécessite une quantité considérable de puissance informatique. Générer du texte, des images, du code ou de la vidéo mobilise en permanence des accélérateurs spécialisés.

Les puces de Nvidia, AMD ou les processeurs développés directement par les entreprises technologiques ne servent pourtant à rien sans une alimentation électrique suffisante.

Le défi n’est donc plus uniquement de rendre les machines plus efficaces. Il faut également trouver beaucoup plus d’électricité, rapidement et avec une disponibilité presque permanente.

Or les réseaux électriques locaux n’ont pas toujours la capacité d’accueillir aussi vite des installations de plusieurs gigawatts.

Construire une centrale permet de gagner plusieurs années

Produire directement une partie de leur électricité offre aux géants du numérique un avantage très concret : réduire leur dépendance aux délais de raccordement.

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Aux États-Unis, certains grands projets industriels peuvent patienter plusieurs années avant d’obtenir une connexion au réseau suffisamment puissante.

Installer une centrale près d’un data center permettrait de contourner au moins temporairement ce problème.

Il y a aussi la question du prix.

L’électricité devient l’un des coûts les plus stratégiques de l’intelligence artificielle. Lorsqu’un service comme ChatGPT, Gemini, Copilot ou Claude doit traiter des requêtes en continu, le coût de l’énergie pèse directement sur son exploitation.

Et le temps compte.

Dans une compétition où les entreprises investissent des sommes considérables pour déployer leurs modèles et leurs infrastructures, attendre plusieurs années qu’une ligne électrique soit disponible peut devenir plus coûteux que financer une nouvelle source de production.

Amazon affirme d’ailleurs que son projet texan doit éviter de reporter ces coûts sur les habitants. Selon l’entreprise, le campus du comté de Pecos serait d’abord alimenté par une nouvelle capacité de production installée sur place, avant une transition vers le réseau lorsque le raccordement sera possible.

Le gaz naturel revient au cœur des projets liés à l’IA

Cette course à l’électricité fait aussi réapparaître une énergie beaucoup plus gênante pour les engagements climatiques des entreprises : le gaz naturel.

Une centrale au gaz peut être construite plus rapidement qu’un nouveau réacteur nucléaire et fournir de l’électricité en continu, contrairement au solaire ou à l’éolien utilisés seuls.

Mais le gaz reste une énergie fossile.

Le contraste devient donc difficile à éviter. Les entreprises qui annoncent des objectifs ambitieux de réduction de leurs émissions doivent parallèlement trouver suffisamment d’énergie pour alimenter une croissance très rapide de leurs infrastructures IA.

Amazon vise toujours la neutralité carbone en 2040. Ses émissions ont néanmoins progressé ces dernières années, notamment dans un contexte de forte augmentation des besoins liés aux infrastructures numériques et à l’IA.

L’entreprise assure que ses engagements climatiques restent inchangés, tout en reconnaissant que le contexte énergétique a fortement évolué depuis le lancement de son Climate Pledge.

Google et Meta cherchent aussi à sécuriser leur électricité

Amazon est loin d’être seul.

Meta et Google s’intéressent également à des capacités de production directement liées à leurs besoins énergétiques, y compris avec des sources qui ne sont pas entièrement renouvelables.

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La tendance dépasse donc la simple construction de nouveaux data centers.

Les géants technologiques ne veulent plus seulement acheter de l’électricité à un fournisseur. Ils cherchent progressivement à contrôler une partie de l’infrastructure énergétique nécessaire au fonctionnement de leurs services.

C’est un changement majeur.

Le cloud reposait déjà sur d’immenses centres de données, des câbles sous-marins et des puces extrêmement spécialisées. La production électrique devient à son tour une pièce stratégique de cette infrastructure.

Les services d’IA pourraient aussi coûter plus cher

Pour l’utilisateur, ces centrales semblent très éloignées d’une simple conversation avec un chatbot. Elles sont pourtant directement liées.

Chaque requête envoyée à une IA, chaque image générée ou chaque assistant intégré à un ordinateur repose sur des serveurs qui consomment de l’électricité.

Si les entreprises doivent désormais financer des centrales, de nouveaux data centers et des infrastructures électriques gigantesques, le coût du déploiement de l’IA augmente lui aussi.

Cette pression pourrait à terme peser sur le prix des abonnements, sur le rythme d’ouverture de nouveaux services ou encore sur l’empreinte carbone réelle des outils proposés au grand public.

Elle pose aussi une question moins confortable : jusqu’où faut-il augmenter la production d’énergie fossile pour répondre à la croissance de l’IA alors que les infrastructures électriques bas carbone ne progressent pas toujours aussi vite ?

Derrière l’IA se cache désormais une véritable industrie lourde

L’intelligence artificielle donne souvent l’impression d’être un logiciel presque immatériel fonctionnant quelque part dans le cloud.

La réalité physique est bien différente.

Derrière les chatbots et les générateurs d’images se trouvent des bâtiments immenses, des milliers de puces, des systèmes de refroidissement, des lignes à haute tension et désormais des turbines électriques.

L’IA devient ainsi une industrie dont les contraintes ne sont plus seulement informatiques. Elles sont aussi énergétiques.

Le projet texan associé à Amazon illustre jusqu’où cette logique peut aller. Pour accélérer dans la course à l’intelligence artificielle, les géants de la tech ne construisent plus uniquement les machines qui exécutent leurs modèles.

Ils cherchent maintenant à produire eux-mêmes l’électricité qui les fera fonctionner.

Samuel Le Goff suit l’actualité des smartphones, des systèmes d’exploitation mobiles et de l’intelligence artificielle depuis plus de 14 ans. Il couvre notamment Samsung, Xiaomi, Apple, Android, iOS et les grandes tendances du numérique.

Samuel

Samuel Le Goff suit l’actualité des smartphones, des systèmes d’exploitation mobiles et de l’intelligence artificielle depuis plus de 14 ans. Il couvre notamment Samsung, Xiaomi, Apple, Android, iOS et les grandes tendances du numérique.

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