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Cet universitaire refuse un emploi très bien payé : on lui demandait d’entraîner l’IA qui pourrait le remplacer

James Maisiri venait d’obtenir son doctorat lorsqu’un recruteur lui a proposé environ 30 euros de l’heure pour entraîner une intelligence artificielle à réaliser une partie du travail universitaire qu’il espérait exercer lui-même. Concevoir des évaluations, enseigner à des étudiants, corriger des copies : la mission consistait à transmettre à une machine le savoir et le jugement acquis pendant des années. Il a finalement abandonné le processus de recrutement.

Il cherchait un poste universitaire, une entreprise lui propose d’entraîner une IA

James Maisiri possède un doctorat en sociologie industrielle obtenu à l’Université de Johannesburg, en Afrique du Sud.

Après ses études, son projet était assez classique : intégrer le monde universitaire, enseigner, encadrer des recherches et travailler avec des étudiants.

La première proposition sérieuse qu’il reçoit prend pourtant une direction très différente.

Un recruteur lui propose de participer à l’entraînement d’un système d’intelligence artificielle capable de concevoir des évaluations, d’enseigner à des étudiants de premier cycle et de corriger leurs travaux.

Autrement dit, des tâches extrêmement proches de celles qu’il espérait lui-même réaliser comme universitaire.

Le paradoxe est immédiat.

Environ 30 euros de l’heure, un salaire difficile à ignorer

La rémunération proposée atteignait 600 rands de l’heure, soit environ 30 euros de l’heure.

Pour donner un ordre de grandeur, le salaire minimum national cité par Maisiri s’établissait à 30,23 rands de l’heure, soit autour de 1,50 euro.

L’écart est énorme.

Le poste pouvait donc être particulièrement attractif, surtout dans un pays où le chômage des jeunes atteignait 47,4 % au deuxième trimestre 2026.

Maisiri reconnaît lui-même que cette réalité économique a pesé dans sa décision d’accepter au moins l’entretien.

C’est précisément ce qui rend son histoire intéressante.

Refuser de participer à l’entraînement d’une IA paraît simple lorsqu’on dispose déjà d’un emploi confortable. Beaucoup moins lorsqu’une telle mission peut offrir un revenu largement supérieur aux standards locaux.

L’IA ne devait pas seulement apprendre ses connaissances

Le travail proposé allait beaucoup plus loin que la simple transmission d’informations.

James Maisiri devait aider le système à apprendre comment juger le travail d’un étudiant.

Après des années d’études et d’enseignement, un universitaire développe des réflexes difficiles à résumer dans une liste de règles. Il sait quels concepts sont réellement essentiels, comment distinguer une réponse mémorisée d’un raisonnement construit ou pourquoi une copie mérite 75 % plutôt que 60 %.

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C’est ce savoir que l’entreprise voulait récupérer.

Pas uniquement ce qu’il savait.

Mais la manière dont il prenait ses décisions.

Cette évolution concerne de plus en plus de professions qualifiées. Chez Menow, nous avons déjà vu que l’intelligence artificielle commence à réduire la place accordée aux jeunes recrues dans certains métiers de la tech, notamment lorsque des tâches auparavant confiées aux débutants peuvent être automatisées.

Son entretien d’embauche a lui-même été réalisé par une IA

L’histoire prend une tournure encore plus étrange au moment du recrutement.

James Maisiri explique qu’aucun humain n’a participé à son entretien.

Pendant environ 45 minutes, il a répondu aux questions d’une intelligence artificielle.

Le système lui a ensuite envoyé une analyse de ses points forts et de ses points faibles, puis lui a recommandé de repasser une partie de l’évaluation.

Il ne l’a pas fait.

C’est à ce moment-là qu’il a abandonné le processus.

La situation résume presque à elle seule la transformation du marché du travail : une IA sélectionnait un humain chargé d’entraîner une autre IA à réaliser un travail humain.

Il ne prétend pas avoir refusé uniquement par principe

James Maisiri reste particulièrement prudent lorsqu’il explique son choix.

Il reconnaît qu’il aimerait pouvoir dire qu’il a refusé uniquement parce qu’il craignait de contribuer à créer une technologie susceptible de remplacer son métier.

La réalité est plus complexe.

Il explique ne pas comprendre totalement ce qui l’a poussé à arrêter.

Son malaise concerne surtout une question plus large : que se passe-t-il lorsque des professionnels transmettent aux machines le jugement qui définit précisément leur métier ?

Pour un avocat, il s’agit du raisonnement juridique.

Pour un médecin, du jugement clinique.

Pour un enseignant, du jugement pédagogique.

Pendant longtemps, ces compétences semblaient difficiles à automatiser parce qu’elles reposent fortement sur le contexte.

L’IA commence justement à s’y attaquer.

Des médecins, avocats et ingénieurs sont déjà recrutés pour entraîner des IA

Maisiri souligne que les entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle recherchent désormais des profils très qualifiés.

Des plateformes recrutent notamment des médecins, des avocats, des ingénieurs et des enseignants afin d’améliorer les capacités de leurs modèles dans différents domaines professionnels.

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La tendance ne concerne donc plus seulement les travailleurs chargés d’étiqueter des images ou de classer des données.

L’expertise elle-même devient une matière première.

Et les conséquences sur l’emploi commencent déjà à être visibles dans certains secteurs. Meta teste par exemple des robots capables de prendre en charge jusqu’à 80 % de certaines tâches réalisées par des employés dans ses data centers.

Le remplacement complet des travailleurs n’est pas automatique.

Mais la nature des postes évolue rapidement.

Des travailleurs entraînent parfois les systèmes qui pourraient exercer leur métier

Le cas de James Maisiri n’est pas isolé.

Dans plusieurs pays, des travailleurs sont rémunérés pour produire les données nécessaires à l’apprentissage de systèmes capables d’effectuer leurs propres tâches.

Des employés filment leurs gestes professionnels, corrigent des réponses générées par une IA ou expliquent comment ils prennent certaines décisions.

Ils deviennent en quelque sorte les professeurs de leurs futurs concurrents numériques.

Cette transformation ne signifie pas nécessairement que tous ces métiers vont disparaître. Jensen Huang, PDG de Nvidia, estime au contraire que l’essor de l’IA devrait également créer une forte demande pour plusieurs métiers techniques indispensables à la construction des infrastructures.

Mais certains emplois intellectuels pourraient changer beaucoup plus vite que prévu.

Il continue désormais à chercher un travail auprès d’étudiants, pas d’une IA

James Maisiri n’a finalement pas accepté la mission.

Il continue à chercher un emploi universitaire traditionnel, dans lequel il pourrait enseigner directement à des étudiants.

Son expérience laisse pourtant une question difficile derrière elle.

Les professionnels disposent aujourd’hui de connaissances que les entreprises d’IA cherchent activement à capturer. Accepter ces missions peut fournir un revenu particulièrement attractif à court terme.

Mais chaque heure passée à entraîner ces systèmes peut aussi les rendre un peu plus capables d’exécuter le même travail.

Pour James Maisiri, le choix est devenu trop inconfortable.

Il a préféré s’arrêter.

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Eric Thomas suit l’actualité de Windows, des logiciels, de la cybersécurité grand public et des outils web. Il s’intéresse aux mises à jour système, aux nouveautés informatiques et aux solutions pratiques qui améliorent l’expérience numérique au quotidien.

Eric Thomas

Eric Thomas suit l’actualité de Windows, des logiciels, de la cybersécurité grand public et des outils web. Il s’intéresse aux mises à jour système, aux nouveautés informatiques et aux solutions pratiques qui améliorent l’expérience numérique au quotidien.

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