Les smartphones abordables offrant une expérience proche du haut de gamme pourraient devenir beaucoup plus rares. La flambée du prix de la RAM et du stockage flash, portée par la demande massive liée à l’intelligence artificielle, bouleverse déjà les coûts de production.
Nothing en donne un exemple concret : la marque abandonne le successeur du CMF Phone 2 Pro, car son prix final grimperait d’environ 50 % s’il était lancé aujourd’hui.
Nothing renonce à un nouveau smartphone abordable
Les smartphones accessibles, capables d’offrir une impression premium sans prix démesuré, sont en train de devenir une espèce menacée.
Le dernier exemple vient de Nothing. Son cofondateur, Akis Evangelidis, a annoncé que l’entreprise arrêtait entièrement le développement du successeur du CMF Phone 2 Pro, un modèle budget particulièrement populaire.
La raison n’a rien à voir avec un manque d’idées ou un mauvais produit. Le problème vient de la hausse brutale du prix de la mémoire vive et de la mémoire de stockage, qui fait exploser le coût réel des appareils électroniques.
Selon la direction de Nothing, fabriquer aujourd’hui un téléphone similaire ferait grimper son prix en boutique de près de 50 %. À ce niveau, l’idée même d’un appareil vraiment abordable perd tout son sens.
L’essor de l’IA crée une pénurie de mémoire
Cette crise, parfois surnommée “RAMageddon” dans l’industrie, est directement liée au boom mondial de l’IA.
Des géants comme Microsoft, Google, Meta et Amazon investissent chaque année des centaines de milliards de dollars dans d’immenses centres de données. Ces serveurs ont besoin de quantités gigantesques de mémoire ultrarapide pour entraîner leurs modèles d’intelligence artificielle.
Les fabricants de puces n’ayant pas une capacité de production illimitée, une véritable guerre des prix s’est installée.
Face aux budgets des multinationales valorisées à plusieurs milliers de milliards de dollars, les marques qui produisent des smartphones abordables ne peuvent tout simplement pas rivaliser.
La mémoire devient le composant le plus cher du smartphone
Le patron de Nothing, Carl Pei, a donné un chiffre frappant : la mémoire serait désormais le composant le plus coûteux dans certains smartphones.
Dans certains cas, son prix dépasse celui du processeur et de l’écran réunis. Elle peut même représenter plus de 50 % de la facture matérielle totale d’un appareil.
Ce basculement change profondément l’équilibre économique des modèles d’entrée et de milieu de gamme, où chaque euro compte.
Les smartphones à 200 ou 300 euros sont les plus menacés
Le segment autour de 200 à 300 euros, très recherché pour les téléphones personnels comme professionnels, risque de se réduire fortement.
Les constructeurs auront deux choix : arrêter certains modèles, comme Nothing vient de le faire, ou proposer des appareils aux caractéristiques plus anciennes pour maintenir un prix bas.
Pour les acheteurs, cela signifie moins de bonnes affaires et des compromis plus visibles sur les performances, le stockage ou la durée de vie du produit.
Les ordinateurs portables pourraient aussi coûter plus cher
Le problème ne concerne pas seulement les smartphones.
Les prix du matériel de base pour PC et ordinateurs portables progressent aussi. Un budget identique pourrait donc donner accès à une machine moins performante qu’avant, notamment pour le travail, les études ou les usages familiaux.
Cette pression sur les composants risque de toucher une grande partie du marché électronique.
Garder son téléphone plus longtemps devient plus logique
Dans ce contexte, remplacer automatiquement son smartphone tous les deux ans devient moins intéressant.
Conserver un appareil fonctionnel plus longtemps peut être un meilleur calcul. Dans certains cas, une nouvelle batterie suffit à prolonger nettement sa durée de vie, sans devoir investir dans un modèle neuf plus cher ou moins bien équipé.
Cette logique pourrait s’imposer si les prix restent élevés dans les prochains mois.
Samsung, Google et Apple pourraient aussi être touchés
La hausse des coûts ne devrait pas épargner les grands fabricants.
Des marques comme Samsung et Google, notamment sur leurs gammes les plus accessibles, pourraient subir la même pression. Même Apple reconnaît que l’augmentation des prix dans le secteur semble difficile à éviter dans les conditions actuelles.
Pour les consommateurs, le choix devient plus simple, mais moins agréable : prévoir un budget plus élevé, acheter un modèle plus ancien ou accepter des caractéristiques plus modestes en attendant que le marché mondial des composants se stabilise.

Samuel Le Goff suit l’actualité des smartphones, des systèmes d’exploitation mobiles et de l’intelligence artificielle depuis plus de 14 ans. Il couvre notamment Samsung, Xiaomi, Apple, Android, iOS et les grandes tendances du numérique.
