La décision du Pentagone visant la société d’intelligence artificielle Anthropic provoque de fortes réactions dans l’industrie technologique américaine. Plusieurs grandes entreprises, dont Apple, NVIDIA et Amazon, s’inquiètent des conséquences d’une telle mesure pour l’ensemble de l’écosystème technologique. Au centre de la polémique se trouve une désignation rarement utilisée, celle de « risque pour la chaîne d’approvisionnement de sécurité nationale ».
Une désignation inédite contre une entreprise américaine
Vendredi dernier, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a annoncé sur le réseau social X avoir demandé à son ministère d’identifier Anthropic comme une menace pour la sécurité nationale liée à la chaîne d’approvisionnement.
Une telle désignation n’avait encore jamais été appliquée à une entreprise américaine. Si elle est confirmée, elle impliquerait qu’aucun contractant, fournisseur ou partenaire travaillant avec l’armée américaine ne puisse mener la moindre activité commerciale avec Anthropic.
Un contrat militaire de 200 millions de dollars au cœur du conflit
Cette décision intervient après plusieurs semaines de discussions autour d’un contrat estimé à 200 millions de dollars.
Deux clauses du contrat ont provoqué un désaccord majeur. Elles concernaient l’utilisation de la technologie d’Anthropic pour des systèmes de surveillance interne ainsi que pour des armes autonomes.
Selon les informations disponibles, l’entreprise aurait refusé ces deux conditions. Ce refus aurait conduit le département de la Défense à envisager cette désignation particulièrement sensible.
L’industrie technologique redoute un précédent dangereux
L’annonce a immédiatement suscité une vague d’inquiétude dans le secteur technologique. Plusieurs entreprises craignent qu’une telle mesure puisse être utilisée à l’avenir contre toute société qui refuserait certaines demandes gouvernementales.
D’après Reuters, le Conseil de l’industrie des technologies de l’information a envoyé une lettre officielle au secrétaire à la Défense pour exprimer ses préoccupations. Cette organisation regroupe plusieurs acteurs majeurs du secteur, notamment Apple, NVIDIA et Amazon.
Le document ne mentionne pas directement Anthropic, mais critique clairement l’usage potentiel de cette désignation dans le cadre d’un différend commercial.
Une mesure normalement réservée aux adversaires étrangers
Dans la lettre adressée à Pete Hegseth, les membres du conseil déclarent être préoccupés par les informations indiquant que le ministère de la Défense pourrait appliquer la désignation de risque pour la chaîne d’approvisionnement à la suite d’un conflit lié à un contrat d’approvisionnement.
Le directeur général du conseil, Jason Oxman, souligne que ce type de classification est généralement réservé à des situations exceptionnelles. Selon lui, ces désignations sont habituellement utilisées dans de véritables situations d’urgence et visent le plus souvent des organisations considérées comme des adversaires étrangers.
Il estime que les désaccords contractuels devraient être réglés par les procédures normales de passation de marchés publics ou par le recours à d’autres fournisseurs.
Des conséquences possibles pour l’accès du gouvernement aux technologies américaines
La lettre précise également que cette désignation pourrait avoir des effets négatifs pour les agences fédérales américaines.
Selon les auteurs du document, une telle décision pourrait limiter l’accès du gouvernement aux meilleurs produits et services développés par des entreprises technologiques américaines, qui collaborent avec différents organismes fédéraux.
Une réponse prudente du Pentagone
Interrogé sur cette affaire, le ministère américain de la Défense a indiqué qu’il suivrait la procédure habituelle.
Le département a déclaré qu’il répondrait directement aux auteurs de la lettre si nécessaire, sans donner davantage de précisions pour le moment.
Dans un contexte où l’intelligence artificielle devient un enjeu stratégique majeur, ce dossier illustre les tensions croissantes entre les autorités américaines et les entreprises technologiques sur les usages militaires de leurs technologies.

Je m’appelle Samuel Le Goff. À 38 ans, je suis l’actualité du numérique depuis plus de 14 ans. Aujourd’hui, je m’intéresse particulièrement aux smartphones et aux usages concrets de l’intelligence artificielle, que je traite à travers des contenus clairs et accessibles sur Menow.fr.
