Les smartphones deviennent plus performants, mais aussi plus coûteux à fabriquer. Et cette fois, l’intelligence artificielle n’est pas seulement une nouvelle fonction présente dans les téléphones : elle contribue à perturber leur production. Selon les chiffres publiés le 12 octobre 2026 par Counterpoint Research, les livraisons mondiales de smartphones ont chuté de 20 % au troisième trimestre, atteignant leur plus bas niveau pour cette période depuis 2012. Samsung conserve la première place, Apple se rapproche dangereusement, mais les constructeurs de téléphones abordables sont particulièrement pénalisés.
Le marché des smartphones connaît sa pire baisse pour un troisième trimestre depuis 14 ans
Les derniers chiffres de Counterpoint Research montrent une situation particulièrement difficile pour l’industrie mobile.
Entre juillet et septembre 2026, les livraisons mondiales de smartphones ont diminué de 20 % par rapport à la même période en 2025.
Il faut remonter à 2012 pour retrouver un troisième trimestre avec un niveau aussi faible.
Cette contraction concerne l’ensemble du marché, mais elle n’affecte pas tous les constructeurs de la même manière.
Certains fabricants parviennent à préserver leur position grâce aux smartphones haut de gamme, tandis que d’autres réduisent leurs livraisons pour éviter de commercialiser des appareils avec des marges trop faibles.
Dans son rapport publié le 12 octobre, Counterpoint souligne que les difficultés d’approvisionnement en composants mémoire jouent un rôle central.
La situation s’accompagne d’une autre évolution : les consommateurs conservent leurs smartphones plus longtemps et recherchent davantage de solutions économiques.
L’intelligence artificielle absorbe une partie des capacités de production de mémoire
Le lien entre les centres de données dédiés à l’IA et le prix des smartphones peut sembler surprenant.
Pourtant, ces deux secteurs dépendent en partie de la même industrie des semi-conducteurs.
Les smartphones utilisent notamment de la mémoire vive, appelée RAM, pour faire fonctionner leurs applications, ainsi que de la mémoire flash pour stocker les photos, vidéos et fichiers.
De leur côté, les serveurs consacrés à l’intelligence artificielle nécessitent d’importantes quantités de composants mémoire, notamment pour accompagner leurs accélérateurs de calcul.
La demande croissante des infrastructures IA exerce donc une pression sur les capacités industrielles et sur les prix de différents types de mémoire.
Lorsque les fabricants privilégient des composants plus rentables ou que leurs capacités de production deviennent insuffisantes, les autres marchés peuvent subir des tensions d’approvisionnement.
Les constructeurs de smartphones doivent alors choisir entre absorber une partie de la hausse des coûts, augmenter leurs tarifs ou réduire les volumes de production.
Il serait toutefois incorrect d’affirmer que tous les composants mémoire utilisés dans les serveurs IA sont identiques à ceux des smartphones. Les technologies et les gammes de produits diffèrent, même si elles dépendent d’une chaîne industrielle en partie commune.
Pourquoi les smartphones abordables souffrent davantage
Sur un téléphone vendu à plusieurs centaines d’euros, les fabricants disposent parfois d’une marge de manœuvre plus importante pour absorber certaines hausses de coûts.
Sur un modèle d’entrée de gamme, chaque euro compte beaucoup plus.
Une augmentation du prix des composants peut rapidement peser sur la rentabilité du produit.
Le constructeur doit alors décider s’il augmente son prix de vente, réduit certaines caractéristiques ou abandonne des configurations devenues peu intéressantes économiquement.
Pour les consommateurs, plusieurs conséquences sont possibles :
- Des smartphones plus chers à caractéristiques comparables.
- Des promotions moins généreuses sur certaines références.
- Un choix plus limité de configurations abordables.
- Des appareils conservant plus longtemps des capacités de mémoire modestes.
- Une disponibilité irrégulière de certains modèles selon les marchés.
Il s’agit de conséquences possibles des tensions actuelles, et non de changements déjà confirmés pour tous les téléphones vendus en France.
Counterpoint observe notamment que les fabricants privilégient davantage les produits premium, dont la demande résiste mieux.
Samsung reste numéro un, mais Apple n’est plus très loin
Malgré cette crise, Samsung conserve la première place mondiale au troisième trimestre 2026.
Le constructeur sud-coréen représente 23 % des livraisons, contre 22 % pour Apple.
L’écart entre les deux entreprises n’est donc plus que d’un point de pourcentage.
| Constructeur | Part des livraisons mondiales au T3 2026 |
|---|---|
| Samsung | 23 % |
| Apple | 22 % |
| Xiaomi | 12 % selon le rapport détaillé Counterpoint |
| Autres fabricants | Part restante, incluant notamment Oppo et vivo |
Ces chiffres correspondent aux livraisons de smartphones vers les circuits de distribution, et non nécessairement aux ventes effectivement réalisées auprès des consommateurs finaux.
Cette distinction est importante : un fabricant peut réduire ses livraisons afin de limiter les stocks disponibles chez ses distributeurs, même si la demande reste relativement soutenue pour certains modèles.
Samsung a enregistré une diminution de ses livraisons de seulement 3 % sur un an, selon Counterpoint.
Le succès initial des Galaxy Z Fold8 et la relative stabilité de son approvisionnement pour certains Galaxy A ont contribué à soutenir ses résultats.
Apple gagne des parts de marché alors que ses ventes en volume reculent
La situation d’Apple peut sembler paradoxale.
L’entreprise atteint 22 % du marché mondial au troisième trimestre, un niveau inédit pour cette période de l’année.
Pourtant, ses livraisons ont également diminué par rapport à 2025.
Ce paradoxe s’explique par le fait qu’une part de marché représente une proportion du marché total.
Lorsqu’un marché se contracte fortement, une entreprise peut gagner des parts même en livrant moins de produits, à condition que ses concurrents subissent une baisse plus importante.
Apple bénéficie notamment d’une demande relativement solide pour les iPhone 18 Pro et Pro Max, particulièrement en Chine et en Inde.
Mais le constructeur a également modifié son calendrier commercial.
Contrairement à l’année précédente, aucun iPhone 18 standard n’a accompagné les modèles Pro lors du lancement de septembre 2026.
Cette décision a réduit les volumes de nouveaux appareils envoyés aux distributeurs pendant le trimestre.
Counterpoint estime néanmoins que les iPhone 18 Pro ont bénéficié d’un démarrage plus favorable que leurs prédécesseurs.
Apple améliore donc sa position relative sans échapper à la contraction générale du marché.
Xiaomi, Oppo et vivo sont davantage exposés à la crise
Les marques chinoises subissent une pression particulièrement importante sur certains segments.
Counterpoint relève des baisses de livraisons supérieures à 20 % pour Oppo et vivo.
Xiaomi enregistre une contraction encore plus marquée, supérieure à 30 % selon les informations du cabinet.
Ces résultats ne signifient pas nécessairement que les smartphones de ces marques séduisent moins les consommateurs sur tous les marchés.
Les constructeurs adaptent aussi leurs stratégies commerciales.
Xiaomi cherche notamment à réduire sa dépendance à certains segments d’entrée de gamme et à des marchés où les marges deviennent difficiles à maintenir.
L’entreprise poursuit parallèlement son développement sur des appareils plus coûteux, avec des modèles premium et pliables.
Cette évolution illustre une transformation importante du marché : les fabricants ne cherchent plus systématiquement à vendre le plus grand nombre possible de smartphones.
Dans un contexte de coûts élevés, certains privilégient la rentabilité de chaque appareil.
Les smartphones pourraient-ils devenir encore plus chers en France ?
La question concerne directement les consommateurs français.
Les tensions sur les composants mémoire peuvent contribuer à augmenter les coûts de fabrication des appareils commercialisés en Europe.
Mais le prix final dépend de nombreux autres facteurs : taux de change, fiscalité, distribution, stratégie commerciale et concurrence.
Il serait donc imprudent d’annoncer une hausse précise de 10 ou 20 % sur les smartphones français à partir de cette seule étude mondiale.
Counterpoint estime néanmoins que les prix des smartphones ont fortement augmenté à l’échelle internationale depuis le début de l’année.
Les modèles abordables peuvent être particulièrement sensibles à ces évolutions.
Les prochains lancements de Xiaomi, Samsung, Oppo, Honor et d’autres fabricants permettront d’observer si les tensions industrielles se traduisent par des changements de prix ou de configuration sur le marché français.
Une autre possibilité est que les constructeurs conservent certains tarifs tout en limitant les améliorations matérielles proposées d’une génération à l’autre.
Faut-il acheter un smartphone maintenant ou attendre 2027 ?
La baisse des livraisons ne signifie pas qu’il faille remplacer immédiatement son téléphone par crainte d’une pénurie générale.
Si votre smartphone fonctionne correctement, bénéficie encore de mises à jour de sécurité et répond à vos besoins, il peut être plus intéressant de le conserver.
Les fabricants proposent désormais plusieurs années de suivi logiciel sur de nombreux modèles, ce qui permet de prolonger leur durée d’utilisation.
En revanche, si votre appareil présente une batterie très dégradée, des problèmes matériels importants ou ne reçoit plus les correctifs nécessaires, un remplacement peut être justifié.
Avant d’acheter, plusieurs éléments méritent d’être examinés :
- Le prix réel : comparer les offres plutôt que se fier uniquement au prix conseillé.
- Le support logiciel : vérifier la durée annoncée des mises à jour Android ou iOS.
- La mémoire : choisir une capacité adaptée à ses usages et à la durée de conservation prévue.
- La batterie : privilégier une autonomie démontrée par des tests plutôt qu’une capacité impressionnante sur le papier.
- Le reconditionné : examiner les garanties, l’état de la batterie et la réputation du vendeur.
Il n’existe pas de certitude concernant une baisse ou une hausse générale des prix en 2027.
La situation dépendra notamment de l’évolution du marché de la mémoire et des décisions de production des fabricants.
L’essor de l’IA pourrait finalement ralentir le renouvellement des smartphones
L’industrie mobile met fortement en avant les nouvelles fonctions d’intelligence artificielle : traduction instantanée, retouche photo, assistants personnels ou recherche intelligente.
Mais le développement massif de l’IA a également une conséquence moins visible : il augmente la demande pour certains composants indispensables à la fabrication des appareils électroniques.
Cette pression intervient au moment où les consommateurs cherchent déjà à conserver leurs téléphones plus longtemps.
Les fabricants doivent donc faire face à une double difficulté : des coûts de production élevés et une clientèle qui ne souhaite pas nécessairement renouveler son appareil chaque année.
Les données du troisième trimestre 2026 montrent que le marché traverse une transformation importante.
Samsung reste le premier fabricant mondial et Apple se rapproche, mais la véritable inquiétude concerne les smartphones abordables, de plus en plus difficiles à produire à des prix compétitifs.
Pour les consommateurs français, les prochains mois permettront de savoir si cette crise se traduit surtout par des hausses de prix, des changements de configuration ou un renouvellement encore plus lent des smartphones.

Samuel Le Goff suit l’actualité des smartphones, des systèmes d’exploitation mobiles et de l’intelligence artificielle depuis plus de 14 ans. Il couvre notamment Samsung, Xiaomi, Apple, Android, iOS et les grandes tendances du numérique.



