Quand on parle à ChatGPT d’un problème personnel, d’un document professionnel ou d’une situation familiale, l’échange peut facilement donner l’impression de rester entre l’utilisateur et l’intelligence artificielle. Deux utilisateurs américains contestent désormais cette perception devant la justice.
Une action collective proposée a été déposée le 16 septembre 2026 contre OpenAI devant un tribunal fédéral de Californie. Les plaignants accusent l’entreprise d’avoir donné une image trompeuse du niveau de confidentialité de ChatGPT, notamment parce que certaines conversations peuvent être examinées par des personnes travaillant pour des entreprises tierces.
La procédure vient tout juste de commencer. Aucun tribunal n’a donc conclu qu’OpenAI avait enfreint la loi, et les affirmations des plaignants restent à ce stade des accusations.
Mais l’affaire arrive au moment où une enquête récente a justement révélé comment des centaines d’évaluateurs humains peuvent travailler sur de véritables conversations avec ChatGPT.
Des humains peuvent examiner de vraies conversations avec ChatGPT
Le cœur du problème ne concerne pas simplement le fait qu’OpenAI conserve certaines données.
Selon une enquête publiée le 14 septembre par 404 Media, OpenAI utilise un programme interne baptisé Project Lily. Des centaines de contractuels y seraient chargés d’évaluer des réponses produites par ChatGPT afin d’améliorer les modèles.
Leur travail consiste notamment à lire une demande envoyée par un utilisateur, à comprendre ce qu’il cherche à obtenir puis à noter différentes réponses du chatbot.
Dans certains cas, une conversation entière peut être présentée à ces évaluateurs.
Les noms d’utilisateurs ne leur sont normalement pas affichés et OpenAI dispose de mécanismes destinés à masquer les informations personnelles. Cela ne signifie pas pour autant que tout élément permettant d’identifier quelqu’un disparaît systématiquement.
Une personne peut par exemple écrire directement son nom, parler de son entreprise, mentionner un problème médical, raconter une situation familiale ou copier un document contenant des informations personnelles.
L’enquête de 404 Media indique justement que des informations sensibles peuvent parfois rester visibles dans les conversations examinées.
C’est précisément ce décalage entre la perception de l’utilisateur et le fonctionnement réel du service que les deux plaignants veulent maintenant placer devant la justice.
Les deux utilisateurs accusent OpenAI d’avoir été insuffisamment clair
D’après la plainte rapportée par Law360, les deux utilisateurs reprochent à OpenAI d’avoir induit ses clients en erreur sur le caractère privé de leurs échanges.
Ils affirment notamment que des millions de conversations seraient examinées par des personnes travaillant pour des sociétés tierces sans que les utilisateurs aient réellement conscience de cette possibilité.
Le terme employé dans la plainte est particulièrement parlant : les plaignants décrivent ces évaluateurs comme des « étrangers » pouvant accéder au contenu d’échanges qu’un utilisateur pouvait considérer comme personnels.
Cela ne signifie pas que n’importe quel salarié externe peut librement parcourir les conversations ChatGPT.
Les évaluations répondent à des procédures précises et servent notamment à améliorer la qualité des réponses des modèles.
Le débat porte plutôt sur une question beaucoup plus simple : l’utilisateur moyen comprend-il réellement qu’un humain peut potentiellement lire ce qu’il écrit à l’IA ?
La plainte cherche désormais à faire examiner cette question dans le cadre d’une procédure collective.
OpenAI explique pourtant que certaines conversations peuvent servir à améliorer ses modèles
Les documents officiels d’OpenAI indiquent que le contenu envoyé aux services destinés au grand public peut être utilisé pour améliorer ses modèles.
L’entreprise propose également plusieurs réglages permettant de limiter cet usage.
Sur ChatGPT, l’option « Améliorer le modèle pour tous » peut être désactivée dans les paramètres de gestion des données. Les nouvelles conversations restent alors dans l’historique mais ne sont plus utilisées pour entraîner ChatGPT.
C’est un réglage particulièrement utile à connaître pour les personnes qui utilisent régulièrement le chatbot avec des informations personnelles ou professionnelles.
Menow avait déjà détaillé tout ce que ChatGPT peut enregistrer sur un utilisateur et les moyens disponibles pour supprimer ou limiter ces données.
Il faut toutefois distinguer deux choses.
Refuser l’utilisation de ses conversations pour l’entraînement ne signifie pas nécessairement qu’aucun traitement humain ne pourra jamais intervenir dans un autre contexte, notamment lorsqu’il s’agit de sécurité, de lutte contre les abus ou du respect des règles du service.
Désactiver l’entraînement réduit donc un usage précis des conversations. Ce n’est pas une garantie générale selon laquelle le contenu ne pourra être vu par personne dans toutes les circonstances.
Le mode temporaire offre une protection supplémentaire
OpenAI propose aussi les conversations temporaires.
Elles n’apparaissent pas dans l’historique, ne créent pas de souvenirs persistants et ne sont pas utilisées pour améliorer les modèles.
OpenAI indique néanmoins qu’elles peuvent être conservées jusqu’à 30 jours pour des raisons de sécurité avant leur suppression.
Pour un échange particulièrement sensible, ce mode réduit donc plusieurs formes de conservation ou de réutilisation des données.
Mais la précaution la plus efficace reste très simple : ne pas transmettre à un chatbot une information que l’on ne voudrait absolument pas voir traitée par un système tiers.
Cela vaut notamment pour des mots de passe, des informations bancaires, des secrets professionnels, des dossiers médicaux complets ou des documents confidentiels.
La question devient d’autant plus sensible que ChatGPT prend une place croissante dans la vie quotidienne et professionnelle. Un utilisateur peut aujourd’hui lui confier un contrat, demander de l’aide sur une séparation, préparer une consultation médicale ou analyser des informations internes à son entreprise.
Une récente affaire concernant des chercheurs en mathématiques avait déjà illustré ce problème. Menow expliquait alors pourquoi transmettre un travail encore secret à une IA peut soulever de sérieuses questions de confidentialité.
Les utilisateurs français disposent aussi de droits spécifiques
Pour les utilisateurs situés dans l’Espace économique européen, OpenAI applique une politique de confidentialité spécifique.
Ils peuvent notamment s’opposer à l’utilisation de leur contenu pour entraîner les modèles, exporter leurs données, supprimer des conversations ou demander la suppression de leur compte.
La question des données prend aussi une importance supplémentaire depuis l’arrivée de la publicité dans ChatGPT en Europe. OpenAI affirme que les annonceurs n’ont pas accès aux conversations, à l’historique ou à la mémoire des utilisateurs et que les données personnelles ne leur sont pas vendues.
Menow a détaillé les règles appliquées à la publicité ChatGPT en France et les garanties annoncées concernant les conversations.
Cette distinction est essentielle : le procès américain actuel ne signifie pas que les conversations sont vendues à des annonceurs ou accessibles publiquement. Il porte sur la façon dont OpenAI informe les utilisateurs de l’accès humain pouvant intervenir dans le fonctionnement et l’amélioration du service.
Le procès pose surtout une question de perception
La procédure devra maintenant suivre son cours, et rien ne garantit que la demande d’action collective sera acceptée ni que les accusations formulées contre OpenAI seront retenues.
L’affaire met malgré tout en lumière une différence importante entre « conversation privée » et « conversation que personne d’autre ne peut jamais consulter ».
Pour beaucoup d’utilisateurs, discuter avec ChatGPT ressemble désormais à écrire dans un espace personnel. Techniquement et juridiquement, la réalité est plus complexe.
Les réglages de confidentialité permettent de réduire certains usages des données. Ils ne transforment pas pour autant ChatGPT en coffre-fort numérique.
Source : Law360, 404 Media et OpenAI

Samuel Le Goff suit l’actualité des smartphones, des systèmes d’exploitation mobiles et de l’intelligence artificielle depuis plus de 14 ans. Il couvre notamment Samsung, Xiaomi, Apple, Android, iOS et les grandes tendances du numérique.
