Apple ouvrira l’ère John Ternus le 1er septembre, avant un premier rendez-vous décisif seulement huit jours plus tard. Le 9 septembre, le nouveau patron devra superviser le lancement attendu des iPhone 18 Pro et Pro Max, avec en ligne de mire un possible iPhone pliable. Après quinze années marquées par l’expansion financière menée par Tim Cook, Apple doit désormais prouver qu’elle peut retrouver un moteur de croissance côté produits, tout en rattrapant son retard dans l’IA.
Apple doit déjà une partie de son histoire à NeXT
L’une des pièces les plus inattendues de l’histoire de l’iPhone remonte à 1986, lorsque les services de renseignement américains ont contribué à maintenir NeXT à flot. Steve Jobs avait créé cette société après son départ forcé d’Apple.
Selon le récit de Sharon Weinberger dans un extrait de Valley of Death: How Big Tech Is Fueling the Future of War, deux représentants de la CIA se seraient présentés sans prévenir dans les locaux de NeXT. Leur objectif était d’acheter 20 000 stations de travail pour un client dont l’identité devait rester secrète.
Jobs leur aurait immédiatement demandé de ne lui communiquer aucune donnée sensible qu’il ne serait pas censé connaître. Les machines ont ensuite été modifiées par l’intermédiaire de sociétés de couverture afin d’analyser des images satellites. La NSA apparaissait officiellement comme acheteur, tandis que la CIA se trouvait derrière le contrat.
Ces commandes ont aidé NeXT à survivre. Apple a finalement racheté l’entreprise en 1996, permettant le retour de Steve Jobs à Cupertino. NeXTSTEP a ensuite servi de base à une partie essentielle des logiciels qui ont alimenté les Mac puis l’iPhone.
Quarante ans plus tard, Apple entre dans une nouvelle période de transition. John Ternus prend la direction du groupe le 1er septembre avec une question centrale : quel produit peut désormais ouvrir un nouveau cycle de croissance ?
John Ternus prend les commandes d’un Apple quinze fois plus gros
John Ternus, 51 ans, travaille chez Apple depuis 2001 et dirige l’ingénierie matérielle depuis 2021. Cet ingénieur mécanique a participé au développement des Mac, iPad, AirPods, iPhone et Apple Watch, ainsi qu’au passage vers les puces conçues directement par Apple.
Son arrivée à la tête de l’entreprise replace le matériel au premier plan après quinze ans durant lesquels Tim Cook a surtout transformé Apple en géant industriel, commercial et financier.
Les chiffres illustrent l’ampleur du changement. Le chiffre d’affaires annuel est passé de 108 milliards de dollars en 2011 à plus de 416 milliards en 2025. Plus de 2,5 milliards d’appareils Apple seraient actuellement utilisés dans le monde, tandis que l’activité Services a dépassé les 100 milliards de dollars de revenus annuels.
La capitalisation d’Apple avoisinait 350 milliards de dollars lors de la prise de fonction de Tim Cook. Le 28 juillet 2026, elle a franchi pour la première fois en séance le seuil symbolique des 5 000 milliards de dollars, avant de repasser sous cette barre.
Sur le dernier trimestre communiqué, les revenus ont progressé de 16 % pour atteindre 109,4 milliards de dollars.
Tim Cook reste aux côtés du nouveau patron
Tim Cook ne quitte pas totalement Apple. Il doit devenir président exécutif et conserver notamment un rôle dans les relations avec les gouvernements et les autorités.
La répartition des responsabilités devrait être assez nette : Cook conserverait une partie du volet institutionnel et politique, tandis que Ternus serait chargé de préparer la prochaine génération de produits.
Le dernier lancement de l’ère Cook a eu lieu le 25 août, avec de nouveaux Mac mini et Mac Studio équipés de processeurs Apple et renforcés pour les usages liés à l’intelligence artificielle.
La transition est symbolique. Cook termine son mandat opérationnel avec deux machines principalement destinées aux professionnels. Ternus commence le sien juste avant un événement centré sur des produits beaucoup plus grand public.
L’iPhone 18 sera le premier grand test de John Ternus
Le 9 septembre, soit huit jours après l’entrée en fonction de John Ternus, Apple organisera son principal événement annuel au Steve Jobs Theater de Cupertino. Le keynote a été baptisé « Surprise and shine ».
Apple n’a pas dévoilé officiellement les produits qui seront présentés. Les iPhone 18 Pro et iPhone 18 Pro Max sont attendus, mais l’attention pourrait surtout se porter sur le premier iPhone pliable de la marque.
Selon les informations circulant avant l’événement, ce modèle pourrait s’ouvrir pour offrir une surface proche de celle d’un iPad mini. Le nom « iPhone Ultra » a également été évoqué, sans confirmation de la part d’Apple.
Un tel appareil marquerait l’entrée du constructeur sur un segment actuellement dominé par Samsung. Il représenterait aussi l’un des changements les plus profonds apportés au format de l’iPhone depuis son lancement.
IDC estime qu’Apple pourrait expédier plus de 17 millions d’exemplaires de ce modèle d’ici 2027.
Un iPhone pliable pourrait faire grimper le prix moyen
Un modèle pliable vendu très cher permettrait à Apple d’augmenter le prix moyen de ses iPhone et de protéger ses marges à un moment où la croissance mondiale du marché des smartphones ralentit.
Le lancement pourrait malgré tout démarrer avec des volumes réduits. Des difficultés rencontrées lors de la préparation industrielle ainsi qu’une disponibilité limitée de certaines mémoires et d’autres composants pourraient peser sur les premières livraisons.
Autre changement possible dans le calendrier : selon plusieurs indiscrétions, l’iPhone 18 standard pourrait être repoussé à 2027. Apple répartirait alors davantage ses lancements d’iPhone sur l’année, et avec eux une partie de ses revenus.
Les lunettes connectées restent un chantier plus lointain
Les lunettes intelligentes d’Apple ne seraient pas encore prêtes à rejoindre l’iPhone dans les prochains lancements. Après le succès commercial limité du Vision Pro, Apple chercherait à mettre au point un appareil nettement plus léger et adapté à une utilisation quotidienne.
L’objectif serait notamment d’exploiter l’intelligence artificielle pour comprendre l’environnement entourant l’utilisateur.
C’est aussi sur l’IA qu’Apple doit combler l’un de ses retards les plus visibles face à ses concurrents. La société a présenté une nouvelle version de Siri en juin, mais reste davantage dépendante de technologies externes pour les grands modèles d’intelligence artificielle.
L’App Store commence aussi à montrer ses limites
John Ternus hérite également d’un moteur financier beaucoup moins visible que l’iPhone : l’App Store et les Services développés sous Tim Cook.
Lors du trimestre terminé en juin, les Services ont généré un record de 30,7 milliards de dollars, un niveau malgré tout inférieur aux 31,2 milliards attendus par les analystes.
Le ralentissement est notable alors que les ventes d’iPhone ont progressé de plus de 20 % sur la même période.
Aux États-Unis, des estimations réalisées par des sociétés spécialisées indiquent que les dépenses passant par l’App Store auraient reculé de 6 % au deuxième trimestre. Les commissions encaissées par Apple auraient également diminué de 18 % depuis le début de 2026.
La possibilité offerte aux développeurs de rediriger les utilisateurs vers des moyens de paiement externes commence donc à peser sur un modèle qui a longtemps constitué l’une des sources de revenus les plus rentables du groupe.
Apple doit adapter son modèle aux nouvelles règles européennes
Après l’amende européenne de 500 millions d’euros infligée en 2025, Apple a annoncé de nouvelles conditions destinées aux développeurs dans l’Union européenne.
Elles doivent entrer en vigueur le 1er octobre 2026 et prévoient notamment des commissions réduites pour certaines applications distribuées en dehors de l’App Store ou utilisant des solutions de paiement alternatives.
Pour John Ternus, l’enjeu sera de préserver la force de l’écosystème Apple alors que les régulateurs imposent davantage d’ouverture entre appareils, logiciels, boutiques d’applications et moyens de paiement.
Dans le même temps, Washington pousse Apple à produire davantage aux États-Unis, tandis que la rareté de certains composants augmente les coûts.
Tim Cook a démontré jusqu’où Apple pouvait pousser la valeur économique de l’écosystème construit autour de l’iPhone. À partir du keynote du 9 septembre, John Ternus devra commencer à montrer sur quel produit il compte bâtir la prochaine phase d’Apple.

Samuel Le Goff suit l’actualité des smartphones, des systèmes d’exploitation mobiles et de l’intelligence artificielle depuis plus de 14 ans. Il couvre notamment Samsung, Xiaomi, Apple, Android, iOS et les grandes tendances du numérique.
