Avec Android 16, Google prépare une refonte en profondeur du traitement multimédia sur smartphones. En coulisses, une innovation technique pourrait transformer la manière dont les applications lisent musique et vidéos : l’intégration de codecs logiciels directement au sein des applications, une approche pensée pour réduire la consommation d’énergie et améliorer les performances globales.
Jusqu’ici, Android isolait les processus de lecture pour renforcer la sécurité. Mais cette méthode impliquait une communication lourde entre les processus, ce qui sollicitait excessivement le processeur, en particulier pour les fichiers AAC, largement utilisés sur les plateformes de streaming. Résultat : jusqu’à la moitié de la puissance CPU pouvait être monopolisée inutilement.
Avec Android 16, les codecs peuvent désormais s’exécuter dans le même espace mémoire que l’application, à une condition : être programmés en Rust, un langage réputé pour sa sécurité mémoire et sa capacité à éviter les failles critiques, comme celle du tristement célèbre exploit Stagefright.
Une innovation prête, mais encore en sommeil
En théorie, cette évolution est déjà en place. En pratique, tous les codecs continuent de fonctionner comme avant, dans des environnements isolés. Pourquoi ? Parce que les constructeurs doivent d’abord reconvertir leurs codecs en Rust, un chantier technique complexe qui demande du temps. Google avait commencé les tests dès 2023, mais a préféré reporter l’activation de cette fonctionnalité à Android 16. Même sur le Pixel 9 Pro, elle reste désactivée à ce jour, comme l’ont démontré plusieurs essais.
Des gains réels, à condition d’être adoptés
Si les développeurs jouent le jeu, l’impact pourrait être significatif : autonomie prolongée, processeur moins sollicité, lecture plus fluide. Côté sécurité, Rust permet de bloquer de nombreuses failles liées à la gestion de la mémoire. Reste un nouveau défi : exécuter des codecs dans le processus de l’application augmente aussi les risques potentiels. Google précise que seuls des codecs validés et certifiés pourront être utilisés dans ce cadre.
Rien ne change immédiatement pour l’utilisateur, mais les bases sont posées. Le vrai bouleversement interviendra au fil des prochaines mises à jour, quand les applications commenceront à adopter cette nouvelle approche de lecture multimédia.

Samuel Le Goff suit l’actualité des smartphones, des systèmes d’exploitation mobiles et de l’intelligence artificielle depuis plus de 14 ans. Il couvre notamment Samsung, Xiaomi, Apple, Android, iOS et les grandes tendances du numérique.
