Débits inférieurs à la 4G, signal instable, latence persistante : la 5G en France déçoit de nombreux utilisateurs. Derrière les promesses commerciales se cachent des choix techniques complexes, des déploiements inachevés et des arbitrages réglementaires lourds. Voici ce qui explique vraiment pourquoi la 5G fonctionne mal… même quand l’icône “5G” s’affiche en haut de l’écran.
Une fausse 5G sur des fréquences trop basses
La majorité des antennes 5G déployées en France reposent encore sur la bande des 700 MHz, une fréquence à large portée mais à faible capacité de débit. Cette bande permet certes une bonne couverture géographique, y compris en intérieur, mais ses performances réelles sont proches de celles de la 4G, voire inférieures dans certains cas.
À l’opposé, la bande des 3,5 GHz, considérée comme la bande “cœur” de la 5G, permet des débits beaucoup plus élevés (plus de 1 Gbit/s en conditions optimales) et une latence plus faible. Mais selon les données officielles de l’Arcep, moins de 40 % des sites 5G actifs en France utilisent cette fréquence. Les opérateurs privilégient souvent les bandes basses pour annoncer une couverture rapide, au détriment de la qualité.
Un réseau encore dépendant de l’infrastructure 4G
La 5G déployée actuellement fonctionne principalement en mode non-standalone (NSA). Cela signifie que même si le téléphone est connecté à une antenne 5G, le réseau continue de s’appuyer sur le cœur de réseau 4G pour établir et gérer les connexions.
Cette architecture hybride limite les avantages réels de la 5G. La latence reste élevée, en général entre 25 et 40 millisecondes, loin des 10 ms annoncés comme objectifs technologiques. Quant à la réactivité du réseau, elle dépend toujours des limites de la 4G, ce qui bride des usages comme le cloud gaming, la réalité augmentée ou les applications professionnelles temps réel.
Le vrai saut qualitatif viendra avec le déploiement de la 5G standalone, une version totalement indépendante de la 4G, mais qui n’en est qu’à ses débuts en France. Très peu de zones sont couvertes et seuls quelques smartphones haut de gamme peuvent en profiter.
Des antennes saturées dans les grandes villes
Dans les centres urbains, la mauvaise performance de la 5G est souvent liée à une saturation des cellules radio. Chaque antenne a une capacité maximale de connexions simultanées. Quand ce seuil est atteint, les performances s’effondrent, quels que soient le type de smartphone ou la force du signal.
Avec l’augmentation rapide du nombre de terminaux compatibles 5G, cette congestion devient fréquente aux heures de pointe dans les grandes villes. Et paradoxalement, le réseau préfère maintenir la connexion en 5G même quand la 4G serait plus rapide, car les systèmes de gestion du réseau priorisent la technologie la plus récente.
Des smartphones compatibles, mais pas toujours performants
Avoir un smartphone 5G ne garantit pas une bonne expérience. Beaucoup de modèles d’entrée ou de milieu de gamme ne prennent en charge qu’une ou deux bandes de fréquence, souvent les moins performantes. D’autres appareils désactivent la 5G de façon agressive pour économiser la batterie, ce qui entraîne des basculements fréquents entre les réseaux.
Certains téléphones sont également mal optimisés pour les fréquences françaises, en particulier ceux importés ou destinés à d’autres marchés. Seuls les smartphones premium récents, comme les Galaxy S24, les iPhone 15 ou les Pixel 8 Pro, sont capables de tirer pleinement parti des infrastructures disponibles, y compris les débuts de la 5G standalone.
La 5G très haut débit (26 GHz) absente du paysage
La bande 26 GHz, aussi appelée mmWave, est celle qui permettrait d’atteindre les débits les plus spectaculaires (plus de 2 Gbit/s). Mais elle n’est pas encore déployée en France, pour des raisons pratiques et économiques. Elle nécessite une densité d’antennes très élevée, car son signal ne porte que sur quelques centaines de mètres et est extrêmement sensible aux obstacles comme les murs, les arbres ou même la pluie.
À ce jour, seuls quelques tests ont été réalisés dans des environnements spécifiques, comme Paris La Défense ou certains quartiers de Lyon. Cette bande restera réservée à des usages très ciblés, dans les lieux fermés ou les environnements professionnels, au moins jusqu’en 2026.
Des contraintes réglementaires et des arbitrages techniques
Le cadre réglementaire français, défini par l’ANFR et l’Arcep, impose des limites strictes en matière d’exposition aux ondes, ce qui contraint les opérateurs à réduire la puissance d’émission dans certaines zones, notamment à proximité des écoles ou des hôpitaux.
De plus, la mutualisation des antennes dans les zones peu denses, imposée pour réduire les coûts, entraîne une répartition moins efficace des ressources entre opérateurs. Cela se traduit par des performances inégales, parfois même dégradées par rapport à la 4G.
Enfin, pour annoncer une “couverture nationale”, certains opérateurs ont activé massivement la 5G sur des bandes peu performantes, créant un décalage entre le discours commercial et la réalité technique.
Une technologie prometteuse, mais encore immature
La 5G telle qu’elle est utilisée aujourd’hui en France n’exploite qu’une partie de son potentiel. Elle repose en grande partie sur des infrastructures existantes, utilise majoritairement des bandes peu rapides, et n’est pas encore portée par un cœur de réseau autonome.
Pour que l’expérience change réellement, il faudra accélérer le déploiement de la 5G standalone, densifier l’usage de la bande des 3,5 GHz, améliorer la gestion dynamique des fréquences et permettre enfin l’accès à la bande 26 GHz dans les zones à forte densité.
D’ici là, l’icône 5G restera souvent plus cosmétique que fonctionnelle.

Je suis Samuel Le Goff, à la tête de Menow.fr et père de deux enfants. À 38 ans, je navigue dans l’univers de l’informatique depuis plus de 14 ans, me spécialisant récemment dans le contenu high-tech et le gaming. Ma mission ? Partager des conseils pratiques et des insights en technologie, avec une touche d’honnêteté et d’authenticité, comme si je m’adressais à des amis.
