Les morceaux étaient générés, les auditeurs automatisés, mais les revenus bien réels. Le parquet fédéral de Manhattan a annoncé le 6 octobre la condamnation de Michael Smith à 18 mois de prison dans une affaire de fraude au streaming musical. Il avait plaidé coupable en mars d’une entente en vue de commettre une fraude électronique.
Le dossier associe deux fabrications : celle du catalogue et celle de son public. Il éclaire un détournement des paiements destinés aux ayants droit, plutôt qu’une simple polémique sur la place de l’IA dans la création musicale.
Il fabriquait aussi le public de ses morceaux
Selon le ministère américain de la Justice, le dispositif associait un vaste catalogue de chansons produites avec l’aide de l’IA à des comptes qui les écoutaient automatiquement. Les plateformes citées dans le dossier comprennent Amazon Music, Apple Music, Spotify et YouTube Music.
Le mécanisme ne consistait donc pas seulement à mettre en ligne de la musique synthétique. Il créait artificiellement l’activité susceptible de déclencher une rémunération. Confondre ces deux aspects reviendrait à laisser croire que la seule utilisation de l’IA pour composer expliquerait la condamnation.
Le parquet indique que Smith a obtenu plus de 8 millions de dollars de royalties à travers ce système. La peine est accompagnée de deux ans de suivi et d’une confiscation d’un peu plus de 8,09 millions de dollars. La fraude décrite s’étend de 2017 à 2024.
Un compteur d’écoutes ne prouve pas qu’un public existe
L’affaire rappelle la différence entre un signal mesuré et le comportement qu’il est censé représenter. Le compteur enregistre une activité ; sa valeur pour un artiste ou un service dépend de la réalité des écoutes qui se trouvent derrière. Un programme peut produire des événements sans créer d’intérêt culturel, de recommandations personnelles ou de public fidèle.
Pour les auditeurs français, l’enjeu dépasse donc l’origine humaine ou synthétique d’une chanson. C’est aussi la confiance dans les indicateurs de popularité et la rémunération qu’ils contribuent à distribuer. Le dossier américain ne fournit toutefois pas une mesure de la part de faux streams en France ou sur l’ensemble de ces services.
L’affaire ne mesure pas non plus la qualité musicale des titres concernés. Le problème retenu par la justice porte sur une rémunération obtenue à partir d’écoutes fabriquées : un compteur artificiel avait été transformé en revenus.
Source
Communiqué du parquet fédéral de Manhattan, 6 octobre.

Eric Thomas suit l’actualité de Windows, des logiciels, de la cybersécurité grand public et des outils web. Il s’intéresse aux mises à jour système, aux nouveautés informatiques et aux solutions pratiques qui améliorent l’expérience numérique au quotidien.
